Quand le taux de votre livret baisse de 3 % à 2,4 %, ou que le taux du Livret A repasse de 2,4 % à 1,7 % comme en 2025, une question revient : comment sont calculés les intérêts déjà acquis et ceux à venir ? Les annonces de la Banque de France et du ministère de l’Économie font régulièrement la une, mais l’impact concret sur votre épargne reste souvent flou. Pourtant, selon la façon dont les intérêts sont calculés (par quinzaine, au jour le jour, avec capitalisation annuelle), un changement de taux en cours d’année peut modifier sensiblement votre rendement réel.
Fonctionnement du calcul des intérêts sur l’épargne : taux nominal, taux annuel effectif (TAEG) et périodicité de calcul
Différence entre taux nominal, taux annuel effectif global (TAEG) et rendement réel pour les produits d’épargne réglementée
Dans le langage courant, tout est souvent résumé à un « taux d’intérêt ». En réalité, plusieurs notions coexistent. Le taux nominal est le pourcentage de rémunération annoncé pour un produit d’épargne : par exemple 3 % pour le Livret A en 2024, puis 2,4 % au 1er février 2025, puis 1,7 % au 1er août 2025. Le TAEG concerne surtout les crédits, mais l’équivalent côté épargne est le rendement annuel effectif, qui tient compte de la fréquence de calcul et de la capitalisation. Pour un épargnant, l’indicateur clé reste le « taux servi », c’est-à-dire les intérêts effectivement versés sur l’année.
Intérêts simples vs intérêts composés
Les intérêts simples sont calculés uniquement sur le capital initial. Avec 1 000 € placés à 10 % en intérêts simples pendant 3 ans, vous touchez 100 € par an, soit 300 € au total. Les intérêts composés, eux, reposent sur un principe différent : les intérêts générés s’ajoutent au capital et produisent à leur tour des intérêts. C’est le fonctionnement de la plupart des livrets d’épargne.
Périodicité de calcul des intérêts
Les banques n’utilisent pas toutes la même périodicité pour calculer les intérêts. Certains comptes sur livret bancaires fonctionnent au jour le jour : chaque jour, la banque valorise votre capital sur la base du nombre réel de jours dans l’année (365 ou 366). D’autres produits, en particulier les livrets réglementés français, appliquent la fameuse règle de la quinzaine : 24 périodes de calcul par an, du 1er au 15, puis du 16 à la fin du mois.
Rôle de la capitalisation des intérêts au 31 décembre sur le rendement final
Sur les livrets réglementés, les intérêts sont généralement versés en une fois, en fin d’année civile. Ce versement se fait en pratique entre le 31 décembre et le début janvier, selon les banques. Cette étape de capitalisation est importante, car les intérêts de l’année viennent s’ajouter à votre capital et produiront des intérêts l’année suivante.
Règles de calcul des intérêts lorsque le taux change en cours d’année
Principe de prorata temporis : ventilation des intérêts selon les périodes de taux distincts
Quand un taux de livret change au 1er février ou au 1er août, les banques appliquent le principe du prorata temporis. Les intérêts sont calculés séparément sur chaque période de taux, en fonction du temps passé à chaque niveau. Il ne s’agit pas d’une moyenne grossière sur l’année, mais bien d’une ventilation précise. En pratique, chaque jour (ou chaque quinzaine) est rattaché à un seul taux, et les intérêts de l’année sont la somme des intérêts de toutes ces petites périodes.
Application d’un taux avant et après changement : méthode linéaire utilisée par les banques
La méthode de calcul est dite « linéaire » car les intérêts sont calculés proportionnellement au temps : plus une période de taux est longue, plus elle pèse dans le total de l’année. Les banques utilisent une base de 360 ou 365 jours selon le produit. Le calcul type, en simplifié, ressemble à ceci :
Intérêts = Capital × (Taux1 × durée1/365 + Taux2 × durée2/365 + ...)
Pour un épargnant, cela signifie que vous ne perdez pas le bénéfice du taux plus élevé sur la période antérieure au changement. Si un livret baisse le 1er août, tous les intérêts acquis jusqu’au 31 juillet restent rémunérés à l’ancien taux. Les intérêts de la fin d’année seront simplement calculés à partir du nouveau taux, sans rétroactivité.
Cas des versements et retraits intermédiaires pendant une période de transition de taux
Les dépôts et retraits effectués à proximité d’un changement de taux ont un impact sur vos intérêts. La banque tient compte, pour chaque période, du capital réellement présent sur le compte. En cas de baisse de taux annoncée, de nombreux épargnants choisissent de renforcer leur livret avant la date de changement, afin de maximiser la durée d’exposition au taux plus élevé. Inversement, si une hausse de taux est annoncée, vous pouvez décider de différer un versement important de quelques jours pour bénéficier du nouveau taux. Ce type d’arbitrage est pertinent pour les livrets bancaires à taux boostés dont la période de promotion est très courte. Sur un « super livret », la date de dépôt conditionne la part du capital qui profitera du taux bonifié avant de revenir à un taux de base plus faible.
Livret A, LDDS, LEP : traitement des variations de taux par la banque de France
Règle de la quinzaine sur livret A, LDDS et LEP
Le Livret A, le LDDS et le LEP obéissent tous à la règle de la quinzaine. Les intérêts sont calculés sur 24 quinzaines par an. Pour un dépôt, la date de valeur n’est pas le jour exact du versement, mais le début de la quinzaine suivante. Entre le 1er et le 15 du mois, les sommes placées produisent des intérêts à partir du 16 ; entre le 16 et la fin du mois, elles produisent des intérêts à partir du 1er du mois suivant.
Changement de taux du livret A au 1er février et 1er août : découpage des intérêts sur l’année
Le taux du Livret A peut être révisé quatre fois par an, mais dans la pratique, les dates clés sont surtout le 1er février et le 1er août. En 2025, par exemple, le Livret A est passé de 3 % à 2,4 % au 1er février, puis à 1,7 % au 1er août. Sur l’année entière, un livret plafonné à 22 950 € a rapporté environ 495 € d’intérêts, contre 688 € l’année précédente à 3 % constants.
Le calcul se fait en découpant l’année en quinzaines :
- Quinzaines de janvier : rémunérées au taux de 3 %.
- Quinzaines de février à juillet : rémunérées à 2,4 %.
- Quinzaines d’août à décembre : rémunérées à 1,7 %.
C’est ce découpage fin qui explique pourquoi deux épargnants ayant le même encours moyen, mais des calendriers de dépôts différents, peuvent toucher des montants d’intérêts légèrement distincts.
Publication du taux par la banque de France et décret ministériel
Le taux du Livret A, du LDDS et du LEP est calculé par la Banque de France selon une formule réglementaire incluant la moyenne des taux interbancaires de la zone euro et l’inflation hors tabac sur le dernier semestre. Tous les six mois, la Banque de France transmet une recommandation au ministère de l’Économie, qui fixe ensuite le taux par arrêté. Les annonces officielles interviennent généralement mi-janvier pour une application au 1er février, puis mi-juillet pour une application au 1er août.
Spécificités du LEP : impact d’un taux plus élevé durant l’inflation
Le Livret d’épargne populaire (LEP) bénéficie d’un traitement particulier. Réservé aux ménages modestes, il offre traditionnellement un taux supérieur à celui du Livret A. En 2025, il est ainsi passé de 3,5 % à 2,7 % au 1er août, avec un « coup de pouce » par rapport à la formule standard qui l’aurait fait descendre à 2,2 %. Pour un LEP plafonné à 10 000 €, les intérêts attendus début 2026 sont de l’ordre de 321 €, contre 400 € environ lorsque le taux était plus élevé (jusqu’à 6 % en janvier 2024). La mécanique de prorata temporis reste identique, mais l’avantage pour l’épargnant se situe dans le niveau moyen du taux sur l’année, plus protecteur face à l’inflation. En contexte de baisse générale des rendements, ce différentiel de taux peut peser lourd dans la stratégie d’épargne sécurisée si vous êtes éligible au LEP.
PEL, compte à terme et assurance vie : variation de taux et contrats à taux garantis
Plan épargne logement (PEL) : taux fixé à l’ouverture et impossibilité de modification en cours de vie du plan
À la différence des livrets réglementés, le Plan Épargne Logement (PEL) fonctionne avec un taux figé à l’ouverture. Un PEL ouvert en 2023 est par exemple rémunéré à 2 % brut, tandis qu’un PEL ouvert depuis janvier 2025 est rémunéré à 1,75 % brut. Ce taux ne changera pas pendant toute la durée de vie du plan, même si les conditions de marché et les taux réglementés évoluent.
Comptes à terme (CAT) et dépôts à terme : taux contractuel fixe et taux révisable indexé sur l’euribor
Les comptes à terme (CAT) et dépôts à terme offrent également un taux contractuel connu à l’avance, pour une durée fixe (3 mois, 1 an, 3 ans, etc.). La majorité des CAT accessibles au grand public sont à taux fixe : le taux ne bouge pas, quelle que soit l’évolution des taux directeurs ou de l’inflation. D’autres, plus techniques, sont indexés sur un indicateur de marché (type Euribor) et peuvent donc varier à intervalles réguliers prédéfinis.
Supports en unités de compte et fonds monétaires
Les supports en unités de compte et les fonds monétaires n’offrent pas de taux garanti. Leur rendement dépend des marchés financiers (actions, obligations, immobilier coté, etc.). Dans ce contexte, parler de « changement de taux en cours d’année » n’a pas vraiment de sens : il s’agit plutôt de volatilité et de performance plus ou moins régulière. Les fonds monétaires restent néanmoins très sensibles aux décisions de la Banque centrale européenne (BCE). Quand les taux directeurs montent, ces supports peuvent offrir un rendement proche, voire supérieur, à certains livrets bancaires, avec une liquidité élevée. Mais le risque de variation à court terme existe, même s’il reste modéré. Un tel support peut compléter une stratégie d’épargne, après avoir pris le temps de mettre en place des habitudes d’épargne sur des produits sécurisés.
Stratégies d’optimisation de l’épargne lors d’un changement de taux en milieu d’année
Arbitrages de calendrier : avancer ou différer les versements pour capter le meilleur taux
Quand un changement de taux est annoncé à l’avance, la première marge de manœuvre consiste à jouer sur le calendrier de vos versements. En cas de baisse programmée, avancer un dépôt important de quelques jours ou quelques semaines permet de bénéficier plus longtemps du taux actuel. Sur un Livret A ou un LEP, positionner un versement juste avant la dernière quinzaine rémunérée au taux le plus élevé peut faire la différence.
Utilisation de simulateurs en ligne pour projeter les intérêts
Devant la complexité des règles de calcul (quinzaines, capitalisation, changements multiples de taux), les simulateurs en ligne sont un outil précieux. Ils permettent de projeter vos intérêts en fonction du capital, de la durée de placement, des dates de versement, et des hypothèses d’évolution du taux. Certains établissements proposent des outils prenant en compte les périodes de taux boostés, les passages à un taux de base, ainsi que la fiscalité (PFU de 30 %). Pour un particulier, ces simulateurs apportent une vision concrète : combien rapportera un versement de 1 000 € sur 3 mois à 5 % brut par rapport au même montant laissé sur un Livret A pendant 12 mois ?
Scénarios de baisse de taux : sécuriser un rendement via PEL, comptes à terme ou assurance vie fonds en euros
Quand la tendance est à la baisse des taux réglementés, plusieurs solutions permettent de sécuriser un rendement sur une période plus longue. Un PEL ouvert avant la décrue préserve son taux pendant toute sa durée. Un compte à terme signé à un moment favorable garantit une rémunération connue d’avance. Un fonds en euros d’assurance vie offre, lui, un rendement lissé dans le temps, souvent supérieur à celui du Livret A mais avec des contraintes de disponibilité et de fiscalité différentes.
